Le Lièvre du pont du Gard

Imaginez… Nous sommes au premier siècle de notre ère, Nemausus (actuelle Nîmes) se développe tellement qu’elle décide tout comme Rome, de se munir d’un aqueduc afin d’acheminer l’eau. En effet, outre les besoins en eau quotidien à vocation utilitaire, l’eau participe également à la vie religieuse, à la décoration, et à la médecine.

C’est au terme de 5 ans de travaux seulement que le pont du Gard était né. Pont-aqueduc Romain le plus haut du monde, seul pont antique à trois niveaux encore debout, prouesse de réalisation et de conservation, tant de titres honorifiques pour cet édifice impressionnant.

Mais devant un pont d’une telle ampleur, et sans les connaissances et les outils que nous avons aujourd’hui à notre disposition, il était commun de se demander comment une telle réalisation pouvait être l’œuvre des hommes. C’est ainsi que se sont construits bien des mythes et des légendes… comme celles du Lièvre du pont du Gard.

Si vous êtes du coin, vous avez forcément déjà entendu l’expression:  » Qui n’a pas vu le lièvre, n’a point vu le pont du Gard « . Il faut savoir que lors de la réalisation de monuments, édifices, ceux qui ont œuvré à les ériger laissent généralement des traces et gravures attestant de leur présence lors de la construction. Et le pont du Gard, loin d’être une exception est parsemé de gravures et traces en tout genre. L’une d’entre elle représente notamment un lièvre, aux allures grossières, sculpté côté aval en haut du troisième pilier du second pont. On y distingue non sans mal le cou, la tête , les oreilles et la petite queue.

 

 

La légende écrite la plus connue relative au lièvre du pont du Gard est celle de Frédéric Mistral, écrivain et lexicographe français de langue d’oc :

 

Le Pont du Gard, avec son triple rang d’arcades qui le chevauchent, là-haut, les unes sur les autres, est un des plus beaux ouvrages qu’il y ait au monde. Et pourtant on dit que le diable le bâtit en une seule nuit.

Voici l’histoire :

« Il y a …Qui sait combien de temps…la rivière le Gardon, qui est une des plus traîtres et rapides qu’il y ait, ne se passait qu’à gué. Les riverains décidèrent un jour d’y bâtir un pont. Mais le maître-maçon qui s’était chargé de l’entreprise n’en pouvait point venir à bout. Aussitôt qu’il avait posé ses arcades sur le fleuve, venait une gardonnade, et patatras !…le pont était par terre.

Un soir, sur tous les autres, que morne et tout seul, il regardait de la rive son travail effondré par la rage du Gardon, il cria désespéré :

-Cela fait trois fois que je recommence, maudite soit ma vie ! Il y aurait de quoi se donner au diable ! Et aussitôt, pan ! le diable en sa présence parut…-Si tu veux, lui dit Satan, moi je bâtirai ton pont, et je te réponds que, tant que le monde sera monde, jamais Gardon ne l’emportera…-Je veux bien dit le maçon. Et combien me feras-tu payer ?-Oh ! peu de choses : le premier qui passera sur le pont sera pour moi.
-Soit dit l’homme.

Et le diable tout aussitôt, à griffes et à cornes, arracha à la montagne des blocs de roche prodigieux et bâtit un colosse de pont comme on n’en avait jamais vu.

Cependant le maçon était allé chez sa femme pour lui conter le pacte qu’il avait fait avec Satanas.
-Le pont, dit-il, sera fini à la prime aube. Mais ce n’est pas tout, il faut qu’un pauvre malheureux se damne pour les autres…Qui voudra être celui-là ?
-Eh ! badaud, lui vint sa femme, tout à l’heure une chienne a chassé un levraut tout vivant. Prends ce levraut et, demain à pointe d’aube, lâche-le sur le pont.
-Tu as raison, répliqua l’homme.

Et il prend le levraut, retourne à l’endroit où le diable venait de bâtir son œuvre, et, comme l’angélus oscillait pour sonner, il lance la bête sur le pont. Le diable, qui était à l’affut à l’autre bout, reçoit vivement le lièvre dans son sac…Mais voyant que c’était un lièvre, il le saisit avec fureur, et l’emplâtra contre le pont ; et, comme l’angélus sonnait à ce moment, le mauvais esprit, en jetant mille imprécations, s’engloutit au fond du gouffre. Le lièvre depuis, se voit encore sur le pont. Et voilà pourquoi l’on dit que les femmes ont trompé le diable. »

Signé: Votre chère Léa.

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