Le pic Saint-Loup, le mont Saint-Clair, et le Pic Saint Guiral sont trois pics situés respectivement à Montpellier, Sète et à Alzon (dans les Cévènnes). De ces trois pics furent écrites maintes et maintes légendes. Car en effet, l’art de la légende se transmettant tout d’abord à l’oral, plusieurs versions furent ainsi créées au fil du temps. Mais j’ai choisi de vous présenter la plus courte, figurant dans le recueil « récits et contes populaires du Languedoc », collectée par Jacques Lacroix.

Au Moyen Age vivaient à St-Martin-de-Londres trois hommes riches amoureux d’une même femme : Loup, Guiral et Clair. Ayant avoué leur passion à la dame et cette dernière leur ayant répondu qu’elle épouserait le plus glorieux, tous les trois partirent à la guerre. Quelques années plus tard tous les trois revinrent couverts de gloire mais inutilement car la dame était morte pendant leur absence. Fous de chagrin, ils décidèrent d’un commun accord de vivre en ermites. Ils montèrent chacun sur l’un des trois pics formant un triangle autour du village. Chaque année à Noël, ils allumaient un grand feu que l’on voyait de la plaine et qui signalait leur présence. Un Noël, il n’y eut plus que deux brasiers, puis un seul, puis aucun : les trois ermites étaient morts. En hommage à leur courage on appela les pics par leurs noms. Celui sur lequel vivait Guiral s’est appelé Saint-Guiral, il est situé près du mont Aigoual. Celui sur lequel vivait Loup est devenu Saint-Loup, il se trouve à côté de Montpellier. Celui sur lequel vivait Clair est devenu Saint-Clair, c’est au pied de ce pic qu’est bâtie la ville de Sète.

 

Signé: Votre chère Léa.

Imaginez… Nous sommes au premier siècle de notre ère, Nemausus (actuelle Nîmes) se développe tellement qu’elle décide tout comme Rome, de se munir d’un aqueduc afin d’acheminer l’eau. En effet, outre les besoins en eau quotidien à vocation utilitaire, l’eau participe également à la vie religieuse, à la décoration, et à la médecine.

C’est au terme de 5 ans de travaux seulement que le pont du Gard était né. Pont-aqueduc Romain le plus haut du monde, seul pont antique à trois niveaux encore debout, prouesse de réalisation et de conservation, tant de titres honorifiques pour cet édifice impressionnant.

Mais devant un pont d’une telle ampleur, et sans les connaissances et les outils que nous avons aujourd’hui à notre disposition, il était commun de se demander comment une telle réalisation pouvait être l’œuvre des hommes. C’est ainsi que se sont construits bien des mythes et des légendes… comme celles du Lièvre du pont du Gard.

Si vous êtes du coin, vous avez forcément déjà entendu l’expression:  » Qui n’a pas vu le lièvre, n’a point vu le pont du Gard « . Il faut savoir que lors de la réalisation de monuments, édifices, ceux qui ont œuvré à les ériger laissent généralement des traces et gravures attestant de leur présence lors de la construction. Et le pont du Gard, loin d’être une exception est parsemé de gravures et traces en tout genre. L’une d’entre elle représente notamment un lièvre, aux allures grossières, sculpté côté aval en haut du troisième pilier du second pont. On y distingue non sans mal le cou, la tête , les oreilles et la petite queue.

 

 

La légende écrite la plus connue relative au lièvre du pont du Gard est celle de Frédéric Mistral, écrivain et lexicographe français de langue d’oc :

 

Le Pont du Gard, avec son triple rang d’arcades qui le chevauchent, là-haut, les unes sur les autres, est un des plus beaux ouvrages qu’il y ait au monde. Et pourtant on dit que le diable le bâtit en une seule nuit.

Voici l’histoire :

« Il y a …Qui sait combien de temps…la rivière le Gardon, qui est une des plus traîtres et rapides qu’il y ait, ne se passait qu’à gué. Les riverains décidèrent un jour d’y bâtir un pont. Mais le maître-maçon qui s’était chargé de l’entreprise n’en pouvait point venir à bout. Aussitôt qu’il avait posé ses arcades sur le fleuve, venait une gardonnade, et patatras !…le pont était par terre.

Un soir, sur tous les autres, que morne et tout seul, il regardait de la rive son travail effondré par la rage du Gardon, il cria désespéré :

-Cela fait trois fois que je recommence, maudite soit ma vie ! Il y aurait de quoi se donner au diable ! Et aussitôt, pan ! le diable en sa présence parut…-Si tu veux, lui dit Satan, moi je bâtirai ton pont, et je te réponds que, tant que le monde sera monde, jamais Gardon ne l’emportera…-Je veux bien dit le maçon. Et combien me feras-tu payer ?-Oh ! peu de choses : le premier qui passera sur le pont sera pour moi.
-Soit dit l’homme.

Et le diable tout aussitôt, à griffes et à cornes, arracha à la montagne des blocs de roche prodigieux et bâtit un colosse de pont comme on n’en avait jamais vu.

Cependant le maçon était allé chez sa femme pour lui conter le pacte qu’il avait fait avec Satanas.
-Le pont, dit-il, sera fini à la prime aube. Mais ce n’est pas tout, il faut qu’un pauvre malheureux se damne pour les autres…Qui voudra être celui-là ?
-Eh ! badaud, lui vint sa femme, tout à l’heure une chienne a chassé un levraut tout vivant. Prends ce levraut et, demain à pointe d’aube, lâche-le sur le pont.
-Tu as raison, répliqua l’homme.

Et il prend le levraut, retourne à l’endroit où le diable venait de bâtir son œuvre, et, comme l’angélus oscillait pour sonner, il lance la bête sur le pont. Le diable, qui était à l’affut à l’autre bout, reçoit vivement le lièvre dans son sac…Mais voyant que c’était un lièvre, il le saisit avec fureur, et l’emplâtra contre le pont ; et, comme l’angélus sonnait à ce moment, le mauvais esprit, en jetant mille imprécations, s’engloutit au fond du gouffre. Le lièvre depuis, se voit encore sur le pont. Et voilà pourquoi l’on dit que les femmes ont trompé le diable. »

Signé: Votre chère Léa.

Représentation de la bête du Gévaudan

Nous sommes le samedi 30 juin 1764, par une chaude journée d’été… Le soleil se couche tout doucement sur le petit village des Hubacs, dans la paroisse de  Saint-Etienne de Lugdarès en Vivarais. Jeanne Boulet, jeune fille de 14 ans, garde alors le troupeau de vache familial dans les pâturages, comme à son habitude.

Mais ce n’est que quelques heures plus tard, que des habitants du village retrouvent son corps dévoré et mutilé sous les crocs d’une bête féroce. Bien que les attaques de loup fussent courantes à l’époque, la taille et le caractère des blessures retrouvées sur le corps de la jeune fille semblaient … inhabituels. L’histoire raconte que des témoins ont assisté à l’agression de la jeune fille, et que la bête ne ressemblait pas à un simple loup. Ils racontent qu’elle avait de larges pattes aux grandes griffes, une grosse tête, une bande noire sur le dos et des flancs rougeâtres.

La pauvre Jeanne fut enterrée le 1er juillet 1764, soit le lendemain de son décès. Sur l’extrait du registre paroissial, on pouvait alors lire :

« L’an 1764 et le 1er juillet a été enterrée Jeanne Boulet sans sacrements ayant été tuée par la bête féroce présent Joseph Vigier Jean Reboul. ».

L’histoire aurait pu s’arrêter ici … mais le village et la région n’étaient pas au bout de leur peine. Car en effet, la « bête féroce » susmentionnée avait déjà sévit auparavant, sans que ce ne soit mentionné. Jeanne Boulet devint donc la première victime officielle de ce qui se fera appeler la « Bèstia de Gavaudan ».

Deux longs mois s’écoulent depuis le décès de Jeanne, qui avait ému le village. Les craintes et peurs concernant la manière dont la jeune fille s’était fait dévorer quittent peu à peu les esprits… jusqu’à ce 8 aout 1764. Un deuxième corps est retrouvé dévoré,  au hameau de Masméjean dans la paroisse de Puy-Laurent. Dès lors les agressions se multiplient, et la terreur gagne le cœur des paysans de la région, qui n’osent plus sortir le soir. Mais quelle était donc cette bête démoniaque ? Etait-ce un châtiment divin, un animal dressé pour tuer, ou un sérial killer sanguinaire ? Une chose était sûre, la chasse à la bête était ouverte.

Gravure colorée de la Bête du Gévaudan

L’offensive démarre le 15 septembre 1764, où troupes militaires et paysans volontaires, dirigés par le capitaine Duhamel, traquent ensemble le fléau meurtrier. On raconte qu’ils ne l’aperçurent jamais, mais que leur traque sans relâche délogea la bête de son territoire de chasse initial. Devant l’inefficacité des battues, et la peur grandissante des paysans, François Antoine est envoyé sur place par Louis XV. Le 21 septembre 1765, il abat un immense loup de la forêt des Chazes, et il exhibe fièrement sa dépouille, pensant avoir mis fin au règne de le bête du Gévaudan. La Gazette de France nationale ainsi que la cour se désintéressent alors de l’histoire, estimant que le sujet est clos.

Mais que nenni ! Le 7 octobre 1765, le corps sans tête d’une jeune fille retrouvé au village d’Apcher sème l’effroi et le désarroi dans la paroisse de Prunières. Huit jours plus tard, les chasseurs prennent enfin le monstre sur le fait, essayant d’attaquer un jeune vacher, protégé par ses vaches. A deux reprises les chasseurs tirent sur l’animal, qui se relève et parvient à s’échapper. La bête serait-elle immortelle ?

C’est finalement le 19 juin 1767, après près de 125 attaques, que la bête est tuée par Jean Chastel. En effet plus aucune attaque n’a été rapportée passée cette date.

Au final, bien que la bête du Gévaudan n’ait pas été le seul animal en France à avoir semé la terreur –on se souvient notamment de la bête d’Evreux, du Cézailler ou encore de Brive- l’épisode désormais élucidé (et oui !) a pris une ampleur telle qu’il a marqué l’histoire. En effet, ces faits ont prouvé que premièrement, malgré le siècle des lumières dans lequel ils ont pris place, l’obscurantisme religieux et les superstitions démoniaques avaient encore un grand impact sur la pensée collective. La dépouille de l’animal a notamment été étudiée et les conclusions sont pour les moins… surprenantes. Le terrible animal ne serait autre qu’un Chien mâtin, un animal mi- chien/mi- loup, dressé pour tuer. Et j’ai bien dit dressé. Car rappelez-vous des faits : des corps ont été retrouvés décapités, et parfois même sans vêtements. Et ce n’est pas un animal qui aurait pu faire ça. De plus les victimes sont très généralement des jeunes filles, des cibles faciles pour un animal… mais surtout pour un homme.

L’histoire, finalement plus glauque et moins mythique a notamment évoqué la théorie que Jean Chastel serait un sérial Killer qui aurait profité de la psychose générale liées aux attaques de loups et de son chien dressé pour commettre des agressions sexuelles sur les jeunes filles, avant de les tuer et de les décapiter…